Hors-série : L’Unione Corsa, le club des Corses de Paris.
Créé à la fin des années 60, L’Unione Corsa est bien plus qu’un simple club de football amateur : c’est un véritable repère pour les insulaires exilés dans la capitale. Antoine Giansili Aupiais, coach, joueur et responsable communication du club, s’est confié à Corsinfoot sur l’histoire, le niveau et le rôle social de cette équipe pas comme les autres.
Corsinfoot : Pour commencer, comment est née L’Unione Corsa et comment pourrais-tu nous présenter le club ?
Antoine : Le club a été créé en 1967. Il a vu le jour à Paris pour réunir les Corses autour d’un sport, le football. Paris est une ville où nous sommes nombreux, que ce soit pour les études ou pour le travail. Quand tu y arrives, généralement vers 18 ans après le bac, tu ne connais pas grand monde. C’est une ville assez intimidante, à l’opposé de la mentalité de notre île. L’Unione joue vraiment un rôle social : c’est rassurant de savoir qu’il y a un club avec des gens de chez toi. Les plus anciens prennent les nouveaux sous leur aile pour leur faire découvrir la ville. C’est une passation, on forme une vraie famille.
Corsinfoot : Combien de licenciés comptez-vous aujourd’hui et comment vous organisez-vous ?
Antoine : Cette année, nous sommes 50 licenciés. L’entraînement du lundi est ouvert à tous les Corses. Le championnat reste compétitif. Nous sommes trois à gérer l’équipe et, pour les matchs du vendredi, nous sélectionnons 14 ou 15 joueurs en fonction du niveau. Tout le monde ne peut pas jouer le week-end, mais même ceux qui ne jouent pas participent à la vie du groupe, aux soirées et aux événements.

Corsinfoot : Au-delà du terrain, c’est aussi un vrai réseau d’entraide pour les Corses sur le continent ?
Antoine : Exactement. Dans l’équipe, tous les corps de métier sont représentés : on a des kinés, des journalistes, des gars dans le marketing… Dès que quelqu’un a besoin d’un rendez-vous ou d’un contact, l’entraide se met en place. Plusieurs gars ont trouvé du travail ou des stages grâce aux relations du club. C’est vraiment la solidarité corse exportée sur le continent.
Corsinfoot : Dans quel championnat évoluez-vous et à quel niveau cela correspondrait-il chez nous en Corse ?
Antoine : Nous évoluons dans le championnat FSGT, une ligue historique très complète. Nous sommes dans la poule A du vendredi soir, qui est le plus haut niveau. Concernant notre niveau par rapport à la Corse, c’est une question qu’on se pose souvent ! L’été, quand on rentre, on fait des matchs amicaux. Il y a deux ans, on a battu une équipe de R3 sur le score de 8 à 2. Concrètement, si on s’entraînait plus régulièrement et qu’on était en Corse, je pense qu’on serait une bonne équipe de R1. Beaucoup de nos joueurs sont passés par les centres de formation du Sporting, du Gazélec ou de l’ACA.
Corsinfoot : Le niveau global à Paris est d’ailleurs réputé pour être très relevé…
Antoine : C’est le plus gros vivier mondial. Tu as des joueurs avec un talent fou qui n’ont pas percé en pro et qui se retrouvent dans les championnats amateurs parisiens. Dans notre poule de 11 équipes, c’est très cosmopolite. On joue contre des équipes de Colombiens, de Brésiliens, d’Ukrainiens, d’Aveyronnais… Chaque match est un voyage ! Le week-end dernier, on a joué contre des Colombiens, c’est toujours très chaud et rude dans les duels, mais ça joue très bien au ballon.
Corsinfoot : Du coup, quelles sont vos caractéristiques sur le terrain ? Retrouve-t-on la fameuse « grinta » corse ?
Antoine : Pas tant que ça, paradoxalement ! Nous ne sommes pas une équipe très grande sur le plan athlétique, mais nous sommes très techniques. On fait bien circuler le ballon et on a de belles combinaisons. On a tout de même deux ou trois joueurs solides pour les duels, mais nous ne sommes pas l’équipe corse « typique » que les gens imaginent.
Corsinfoot : Quels sont vos plus beaux faits d’armes récents ?
Antoine : Nous avons été deux fois champions de notre poule ces trois dernières années, et on a failli faire le triplé en finissant deuxièmes à un point du leader il y a deux ans. Cette saison, nous avons gagné le Trophée des Champions (qui réunit les vainqueurs de toutes les ligues) pour la première fois de l’histoire du club. En Coupe de France, notre meilleur résultat est un quart de finale disputé à Toulouse l’an dernier.

Corsinfoot : La question qui fâche maintenant : dans le vestiaire, on est plutôt Sporting ou ACA ?
Antoine : Quand je suis arrivé il y a dix ans, il y avait 90 % de Bastiais. Moi, je suis d’Ajaccio, mais supporter du Sporting car ma famille maternelle est de Bastia. Avec le temps et le bouche-à-oreille, des Ajacciens sont arrivés, puis la tendance s’est régulée. Aujourd’hui, on a des gars de partout : de Porto-Vecchio, d’Ajaccio, de Bastia… Il y a des supporters de l’ACA, quelques Gaziers, même si le Sporting reste globalement le club majoritaire. Au final, ça matche très bien.
Corsinfoot : Pourquoi un jeune Corse qui débarque à Paris devrait-il vous rejoindre ?
Antoine : Parce que c’est le meilleur moyen de jouer au ballon avec un bon niveau, sans les contraintes infernales de certains clubs de banlieue parisienne qui exigent quatre entraînements par semaine. Et surtout pour l’ambiance. On se retrouve le week-end, on regarde la Ligue des Champions ensemble… On partage ce point commun d’avoir quitté l’île, et ça crée des liens très forts. D’ailleurs, quand on rentre en Corse l’été, on finit par passer beaucoup de temps entre joueurs de l’Unione.
Corsinfoot : À plus ou moins long terme le projet de la plupart d’entre vous c’est de rentrer en Corse ?
Antoine : Globalement, oui. C’est le but de la plupart d’entre nous, même si c’est parfois compliqué à cause des opportunités professionnelles ou de la vie personnelle. C’est ce qui explique d’ailleurs notre turnover : des gars repartent, d’autres arrivent. L’exil, c’est un sentiment particulier : tu as l’anonymat et le côté cosmopolite du continent qui sont sympas, mais tu es toujours tiraillé. Cependant, L’Unione Corsa reste une constante. L’été dernier à Capo di Feno, j’ai croisé un ancien joueur de l’Unione des années 2000. Les gars ont 50 ans aujourd’hui, ils sont toujours amis, et ils ont exactement les mêmes anecdotes que nous. L’Unione, c’est vraiment l’histoire d’une vie !
Merci à Antoine de nous avoir fait découvrir L’Unione Corsa! Pour suivre l’actualité et les résultats de cette belle famille insulaire, sachez que le club est très actif sur les réseaux sociaux. Ils s’apprêtent d’ailleurs à lancer leurs tout nouveaux maillots. Pour les soutenir et découvrir leurs superbes visuels, rendez-vous directement sur leur page Instagram :



