Exclu – Interview de Yohan Bocognano
« L’amour du foot corse en bandoulière »
Il est de ces joueurs qui ne trichent pas et dont la parole est rare. Ayant défendu avec la même ferveur les couleurs de l’ACA, du Gazélec et du Sporting, il incarne la passion du football insulaire. À 35 ans, loin des projecteurs mais proche des siens, il a choisi de tenir ses promesses en revenant sur ses terres, au SC Bocognano. Rencontre avec un passionné qui a le cuir dans la peau.
LE RETOUR AUX SOURCES : UNE HISTOIRE DE PAROLE DONNÉE
Corsinfoot : Après une belle carrière pro, tu as décidé de boucler la boucle ici, au village. C’était une évidence pour toi de finir au SC Bocognano ?
Yohan Bocognano : C’était un souhait que j’avais toujours exprimé : quoi qu’il arrive, je terminerai là où j’ai commencé, chez moi à Bocognano. Ça s’est fait un peu plus tard que prévu parce que je suis un homme de parole. J’avais fait une promesse à mes amis Antho Colinet et Stéphane Faedda de jouer avec eux avant d’arrêter. Je voulais donc tenir mes engagements d’abord. Mais ensuite, c’était une évidence. Pour les dirigeants Franck Risterucci et Patrick Borelli, comme pour moi, il n’y avait aucun doute. Je suis rentré à la maison.
LA R1 : « MOINS DE CLICHÉS, MAIS UNE FORMULE À REVOIR »
Corsinfoot : Tu as connu le haut niveau. Comment tu juges ce championnat de R1 cette année ?
Yohan Bocognano : Je trouve le niveau intéressant. Il y a moins de clichés qu’il y a 15 ou 20 ans sur le « folklore ». Ça joue au ballon, on prend du plaisir. Ça ne s’est pas « professionnalisé » au sens strict, mais ça s’est grandement structuré. Le haut du tableau, avec la SVAR ou Corte par exemple, ce sont des athlètes. Au niveau des entraîneurs, maintenant, pour coacher en R1 ou R2, il te faut le BEF. Tout est structuré. Les matchs sont diffusés sur YouTube, il y a la caméra… C’est très bien ce que fait la Ligue.
Par contre, le seul point négatif, c’est ce système de mini-championnat à 5 en fin de saison. Je trouve ça un peu « débile ». Une équipe peut finir 8ème sur 12, laisser 4 équipes derrière elle, et se retrouver quand même en danger de relégation. Pour moi, la formule classique « les derniers descendent », c’est ça le football. Je laisse le soin aux instances de réfléchir à ça.
« ÉCONOMIQUEMENT, LE FOOT CORSE EST EN DANGER »
Corsinfoot : Toi qui as porté les maillots des trois grands clubs, quel regard portes-tu sur la santé du football insulaire aujourd’hui ?
Yohan Bocognano : Sportivement, la Corse a toujours su tirer son épingle du jeu. Les clubs ont toujours réussi à former et à sortir des talents. Regardez la liste des joueurs : Cahuzac, Jean-Louis Leca, François Modesto, Rémy Cabella, Nicolas Penneteau, JB Pierazzi, Jean-Jacques Mandrichi… ou des entraîneurs comme Jean-Michel Cavalli, Olivier Pantaloni et Stéphane Rossi. Tous ces gens-là sont sortis d’ici !
Mais là où on n’y arrive plus, c’est économiquement. C’est la seule et simple raison. Le foot corse est en danger sur ce plan-là. Les salaires ne suivent pas, les infrastructures ne suivent pas parce que ça a un coût énorme. C’est le débat national, mais c’est encore plus dur pour nous. J’espère qu’on trouvera d’autres ressources pour faire valoir nos arguments parce que la qualité et la passion ne manquent pas.
Malgré ces difficultés, je pense néanmoins que les personnes en place sont les bonnes. Au Gazélec par exemple, je sais que Louis Poggi va façonner le club à son image, un battant. À l’ACA, Micka Torre, qui a fait un travail de fou quand il était président du Futsal, fera la même chose pour le foot à 11. Et enfin au Sporting, j’ai une relation extraordinaire avec Claude Ferrandi. Ce sont des bonnes personnes qui feront avancer leurs clubs comme elles l’ont fait dans leur vie personnelle et professionnelle.
ENTRE AJACCIO ET BASTIA : LA COMPLEXITÉ D’UN CŒUR CORSE
Corsinfoot : Tu as grandi à Ajaccio mais tu as fini à Bastia…
Yohan Bocognano : C’est vrai, mais le Sporting c’est particulier. Pourtant, je ne vais pas mentir : je suis né Acéiste. C’est mon histoire. Mon père et d’autres ont aidé l’ACA en 1988 et 1992. Michel Moretti et Antoine Faedda, c’étaient ses amis intimes. J’ai grandi là-bas jusqu’à mes 19 ans.
Ensuite j’ai fait ma carrière, mais quand on goûte au Sporting… Je me rappellerai toujours de mon premier match à Furiani avec le maillot bleu (victoire 4-1 contre Le Pontet). C’était fou. J’ai été adopté, moi le « petit Ajaccien ». J’ai été plus acclamé que sifflé et ça c’est une fierté. Aujourd’hui, mon fils a grandi avec ça, c’est un Turchinu, il ne s’en cache pas. Quand on va au stade, c’est à Furiani pour voir mes amis Roncaglia, Gilles Cioni, Mighè Moretti, Christophe Vincent, Johnny Placide ou Dumè Agostini.
Je suis quelqu’un d’assez identitaire : ma ville c’est Ajaccio et j’en suis fier, ma région c’est la Corse. Mais comme je l’ai dit dans mon message d’adieu qui reprenait la chanson : « Quì si pò nasce aiaccinu È esse bastiacciu di Core ». Je suis Ajaccien de naissance, mais Bastiais d’adoption quelque part, même si mes amis me macagne avec ça.

L’AVENIR : OBJECTIF BANC DE TOUCHE
Corsinfoot : Tu te vois continuer encore un peu ou tu penses déjà à l’après-terrain ?
Yohan Bocognano : Le foot c’est toute ma vie et je ne me vois pas faire autre chose. Je vais certainement faire encore une année pour jouer un peu. J’aime tellement le ballon que je n’arrive pas à arrêter. En plus, c’est les 40 ans du club cette année en septembre (fondé en 1986). Je suis arrivé au club quasiment à ses débuts (première licence en 93-94), je ne me vois pas arrêter sur ça.
Pour la suite, ce qui est sûr, c’est que je veux entraîner. Dirigeant, non, ce n’est pas pour moi. Mais être entraîneur, même adjoint (second ou troisième adjoint, peu importe), pour apporter mon expérience et mes idées, oui. Je compte passer mes diplômes. Et si j’arrive à bien travailler et intégrer un staff, la machine sera lancée.
Corsinfoot remercie chaleureusement Yohan Bocognano pour le temps accordé et la sincérité de sa parole.
🏆 FAITS D’ARMES & PALMARÈS
- L’Expert des montées (4) : Champion de National avec Nîmes (2012), puis l’exploit des trois accessions consécutives avec le SC Bastia (de la N3 à la Ligue 2 entre 2019 et 2021).
- L’Aventure Européenne : 4 matchs officiels disputés en Europa League (Tours préliminaires) avec l’Inter Bakou face au FC Tiraspol et Elfsborg.
- Statistiques : Plus de 280 matchs officiels en carrière, dont 85 matchs de Ligue 2.
- Particularité : Il est l’un des rares joueurs insulaires à avoir porté le maillot des trois clubs historiques corses (ACA, GFCA, SCB).

